I. Petite Préface

- Pourquoi un de plus ?

- Parce que....

- Mais encore ?

- Vous exigez une explication, je m'explique. Dans ce siècle éminemment moral, éminemment pudique, éminemment réparateur, il est de certains mots plus français que l'Académie française, des mots qui avaient droit de bourgeoisie à la cour de Louis XIV et dont Mme de Maintenon ne craignait pas de se servir dans quelques-unes de ses lettres à Mme de Saint-Géran, à Mme de Caylus et à l'abbé Gobelain; ces mots, un galant homme se les permet quelquefois en petit comité, mais il ne se hasarderait jamais à les écrire. Qui pourrait nier les progrès qu'a faits depuis une cinquantaine d'années la morale publique.... du langage ?

Un de plus est donc un trope, une métaphore, un synonyme adouci, une feuille de vigne ! Tous les écrivains de notre temps qui ont voulu aborder de front l'importante question que nous allons traiter, qui ont voulu, comme on dit, la prendre par les cornes, ont eu recours néanmoins à des artifices de langage. Ceux-ci ont déguisé le monstre sous l'épithète de prédestiné, ceux-là l'ont recouvert de bandelettes encore plus métaphoriques, Balzac l'a appelé le Minotaure.

J'entends d'ici un adepte de l'école truculente qui me crie :

- Mais, monsieur, Molière n'y allait pas par quatre chemins....

- On peut très impertinemment placer en tête d'un livre le mot dont se servait Molière et n'être pas Molière, demandez-le à M. Paul de Kock.

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Suite Chapitre II Le Monstre