IV. Le Monstre légitimé

Le monstre était bien moins répandu à l'époque où les femmes ne cédaient, en donnant un coup de canif au contrat, qu'à l'entraînement de la passion.

Mais aujourd'hui, ce n'est pas toujours l'amour ou même le caprice qui jette une femme mariée dans les bras d'un amant, c'est l'intérêt et le calcul.

Voici un brave homme qui est sous-chef de bureau dans une administration publique, il a quatre mille francs de traitement. Sa femme lui a apporté vingt mille francs en dot, c'est donc avec les appointements une somme ronde de cinq mille francs par an à dépenser dans le ménage.

Monsieur est proprement vêtu, il a une table modeste, mais suffisante, un appartement convenable ; son domestique se compose d'une cuisinière et d'une femme de chambre pour madame.

Madame a une toilette d'impératrice, elle se montre chaque mois avec une robe nouvelle, un nouveau chapeau, elle a des bijoux et elle porte des cachemires de mille écus.

Monsieur donne à madame cinquante francs par mois pour sa toilette.

Est-ce avec ces cinquante francs qu'elle achète une robe de dix louis, un chapeau de trois louis, des bottines, des gants, des rubans, des fichus, de la dentelle, sans compter tous les colifichets de l'élégance féminine ?

Il y a là une x à trouver. L' x, c'est celui-ci ou celui-là qui, en sa qualité d'amant, orne l'autel de la divinité.

Un grand nombre de ménages parisiens se composent donc du mari qui donne le nécessaire, c'est-à-dire peu de chose, et de l'amant qui apporte le superflu, c'est-à-dire le principal.

Voilà comment certaines femmes sont parvenues à légitimer le monstre.

Le fournisseur d'accessoires s'implante peu à peu dans la maison comme chez lui, et dès lors il perd le prestige et même la qualité d'amant ; il passe à l'état de second mari.

138928843.2.jpg

Suite Chapitre V Une Anecdote

Écrire un commentaire