XXIII. Le Rôle de l'amant

 Il ressort de tout cela qu'il est très difficile de conjurer le monstre, et que l'homme d'esprit doit accepter franchement sa destinée.

D'ailleurs, il faut bien se persuader que si le mari est berné dans les comédies, dans les vaudevilles, dans les romans, c'est encore lui, en définitive, qui a le beau rôle dans la vie réelle.

Le rôle de l'amant est, au contraire, misérable, absurde, odieux presque toujours et très souvent ridicule.

Un mari arrive à l'improviste chez sa femme, il sait qu'elle est avec son amant.

Le mari tousse, crache, fait du bruit avant d'entrer, pour qu'on ait le temps de coffrer l'amant dans un cabinet ou dans une armoire.

Le mari s'assoit auprès du feu, cause avec sa femme, reste là deux heures, jouissant du trouble de celle-ci et de la position ridicule de l'autre ; puis, s'il ne veut pas faire d'esclandre, il s'en va comme il est venu, marchant la tête levée, pendant que les deux complices sont obligés de se cacher comme des larrons.

- Quel est le plus ridicule de l'amant ou du mari ?

Vous êtes l'amant d'une jolie femme ; il faut que vous vous fassiez bien venir de l'époux pour avoir vos entrées dans la maison. Vous faites alors toutes sortes de bassesses et de petites infamies ; vous vous efforcez d'être de son avis ; vous supportez en souriant ses boutades, sa mauvaise humeur. Vous faites plus encore, vous faites sa partie de piquet s'il l'exige.

Le mari peut user et abuser de votre complaisance ; il peut faire de vous une espèce de domestique.

« Dites donc, mon cher, allez-vous quelquefois au Marais ?

- Jamais !

- C'est que je voudrais bien avoir tel objet qui ne se trouve que chez telle personne qui habite dans la rue Boucherat.

- N'est-ce que cela ? J'irai demain matin.

- Vous êtes bien gentil. »

C'est encore vous qui êtes chargé de faire danser les tapisseries.

De reconduire les vieilles femmes qui ont besoin d'un cavalier.

D'apporter des joujoux et des sucreries aux enfants.

De faire le quatrième à une table de whist.

De venir dîner tel jour parce que sans cela on serait treize à table.

Et tout cela pour qu'un beau jour le mari vous dise que vous êtes un drôle et qu'il vous mette à la porte comme un valet.

Tenez, mon cher amant, si vous aviez un peu de franchise, vous avoueriez que tout n'est pas couleur de rose au pays de la contrebande amoureuse, et que vous faîtes souvent un métier de galérien.

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Suite Chapitre XXIV La Prime en amour

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