XVIII. Le Piège aux hommes à bonnes fortunes

Si vous êtes séducteur de votre état, si vous aimez à chasser sur la propriété d'autrui, ne vous préoccupez pas seulement de la beauté du gibier, mais du caractère et de la position sociale du propriétaire.

En d'autres termes, n'ayez jamais pour maîtresse que la femme d'un homme riche, ou tout au moins d'un honnête homme.

Si un honnête homme surprend le secret de vos relations avec sa moitié, le plus grand mal qu'il puisse vous arriver c'est d'échanger une balle avec lui.

Il existe à Paris des individus qui spéculent sur leur déshonneur comme sur une opération de commerce, et quelquefois leurs femmes sont leurs complices.

Je suppose que V...., qui a une jolie femme, soit un sacripant comme il y en a beaucoup dans tous les arrondissements de la grande ville.

Je suppose que Mme V.... soit une de ces sirènes comme il en existe des milliers sous toutes les latitudes.

Immédiatement le couple s'entend pour jeter ses filets et pour prendre un porte-monnaie bien garni au trébuchet de la gaudriole.

M. V.... invite tel personnage à venir chez lui, madame se met sous les armes et joue admirablement de la prunelle.

L'invité voit une femme jolie, jeune, aimable, spirituelle, qui déploie pour lui toutes les grâces de la séduction et le plus souvent il donne tête baissée dans le traquenard. D'ailleurs, s'il oppose d'abord quelque résistance, il sera bientôt vaincu, pour peu qu'il ait affaire à une femme habile.

Mme V.... effleurera de ses cheveux blonds, et sans avoir l'air d'y prendre garde, la figure de l'homme convoité. Le haut du corps penché en avant, elle étalera un magnifique corsage dont l'œil pourra sonder tous les trésors, ou bien soulevée et abaissée avec cet art emprunté aux actrices, sa poitrine viendra en quelque sorte défier les lèvres du héros de l'aventure pendant que tour à tour fermée et béante la complaisante dentelle permettra à l'imagination de l'invité de rêver de fabuleuses richesses ; puis, pour faire admirer la flexibilité de sa taille, elle se lèvera sous un prétexte quelconque, et le monsieur ne pourra s'empêcher de suivre du regard ce beau corps balancé par un mouvement de danseuse agitant sa robe.

Résistez donc à cette savante mise en scène !

Vous succombez et, ce qui est plus grave encore, vous devenez amoureux fou.

Désormais Mme V.... tirera de son amant tout ce qu'elle voudra : des robes, des cachemires, des bijoux et même de l'argent.

Quand le feu commencera à s'éteindre dans le cœur de l'amoureux, quand on croira s'apercevoir que les sacrifices qu'il fait lui tiennent plus au cœur que le bonheur qu'on lui procure, on lèvera brusquement la toile sur le dernier acte de la comédie.

Un beau soir que l'amant et la maîtresse sont dans le tête-à-tête le plus expressif, le mari apparaît tout à coup comme le spectre de Banco.

« Ah ! Misérable ! Vous que je croyais mon ami ; vous me payerez de votre vie la tache faite à mon honneur. La loi me donne le droit de vous tuer.... »

La femme se précipite aux genoux de l'époux irrité.

« Grâce pour lui, s'écrie-t-elle, si vous frappez, ne frappez que moi. »

J'abrège ce hideux tableau. On ne sort de cette souricière qu'après avoir racheté sa vie en payant la rançon de l'amant. On souscrit des lettres de change au mari.

Interrogez les commissaires de police et ils vous diront que ce drame se joue très souvent dans certains ménages parisiens.

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